Quels cépages alsaciens pour le vin orange ?
Contrairement à la Géorgie ou à l’Italie, qui favorisent des cépages très spécifiques, l’Alsace n’a pas encore établi une “star” du vin orange. Ici, ce sont les cépages emblématiques qui s’offrent à la macération avec une pertinence parfois inespérée. À travers les cuvées et les vignerons, certains profils se dessinent.
Le Gewurztraminer : la flamboyance sacrifiée, retrouvée
Le Gewurztraminer, célèbre pour son exubérance aromatique — lychee, rose, épices douces — s’avère un candidat naturel pour le vin orange. La macération sur peaux révèle une structure étonnante, dompte sa gourmandise et lui apporte un trait salin et une amertume noble.
- Cépage à peau rose : Contrairement à la croyance, il ne donne pas de vin rosé, mais la couleur ambrée est encore plus prononcée, presque thé de Ceylan.
- Richesse tannique : Les vignerons tirent parti de ses épaules larges et de ses arômes expressifs. Citons par exemple la cuvée “Vague à l’âme” du Domaine Christian Binner, fleuron du genre (source : Christian Binner).
- Remarquable longévité : Les vins orange de Gewurztraminer gagnent en complexité sur plusieurs années.
Le Riesling : la pureté minérale se fait tannique
Le Riesling, roi d’Alsace, souvent comparé à un diamant brut pour sa précision, ne se prête pas d’emblée à la macération. Mais entre les mains de certains audacieux, il exprime des notes très subtiles, un profil tendu, presque cristallin, relevé d’épices jaunes et de légers amers.
- La macération peut dompter son acidité tranchante et offrir des arômes de zestes, de thé noir, d’herbes séchées.
- Le Domaine Schueller, à Husseren-les-Châteaux, propose un Riesling orange de très belle facture (source : Le Rouge & le Blanc, n°143).
Le Pinot Gris : densité et profondeur
Autre cépage de choix, le Pinot Gris, dont la peau rosée et la chair juteuse se métamorphosent en profondeur après macération. Loin de ses profils demi-secs traditionnels, il devient un vin de gastronomie, ample, structuré, où apparaissent des notes de fruits jaunes confits, de tabac blond, voire de truffe fraîche.
- On retrouve souvent des cuvées 100 % Pinot Gris, avec parfois une fermentation en amphore.
- Le Domaine Rietsch, à Mittelbergheim, est l’un des pionniers de cette approche (voir Rietsch).
Le Muscat : fraîcheur végétale et parfum d’agrumes
Ce cépage très aromatique, à la fois croquant et floral, offre un visage nouveau après macération. Il gagne en ampleur, conserve une fraîcheur éclatante, avec des arômes qui évoquent les zestes confits, la fleur d’oranger, la menthe sauvage.
- Variété utilisée : Le Muscat Ottonel, principalement, car il est le plus présent en Alsace.
- Un cépage d’initié : Il s’adresse souvent à ceux qui cherchent des sensations inédites, loin des standards sucrés du Muscat de dessert.
Sylvaner : la discrète révélation
Loin des projecteurs, le Sylvaner revient en grâce grâce à la vinification orange. Ce cépage longtemps déclassé — pourtant pilier du terroir de Mittelbergheim et d’Andlau — prend ici sa revanche. Sa neutralité apparente laisse jaillir une intensité minérale, des arômes herbacés, des notes qui rappellent la nèfle et la peau de pomme.
- Certains vignerons laissent macérer le Sylvaner plus d’un mois, créant des vins de voile, étonnants de vitalité.
- En 2022, près de 40 % des expérimentations en vinification orange dans le Bas-Rhin utilisaient du Sylvaner (source : Vitisphere).
Blends et curiosités : la mosaïque alsacienne
Sous le label générique de “vin orange”, fleurissent aussi des assemblages : assemblages de tous cépages “nobles” ou de vieilles parcelles complantées. Certains vignerons, notamment en Biodynamie, font cohabiter Pinot Blanc, Pinot Auxerrois, ou encore Chasselas.
- Cuvées “Field blend” : Inspirées de la tradition alsacienne de la complantation jusqu’aux années 1950.
- Effet terroir : Chaque terroir apporte sa propre trame, accentuant tel ou tel cépage.
- Cuvée repère : “Macération” du Domaine Geschickt (Ammerschwihr) réunit Pinot Gris, Gewurzt et Riesling.