Écouter le vignoble : des exemples et anecdotes alsaciens
Du côté d’Eguisheim, le domaine Paul Ginglinger a longtemps juré par l’égrappage sur ses pinots noirs. Jusqu’au millésime 2018, année de tous les soleils : « La rafle était la plus belle que j’ai connue, d’une maturité rare. On a tenté la vendange entière sur la Vieilles Vignes — le résultat a changé la façon dont on imagine la garde de ce vin » (source : interview personnelle, Salon des Vins Colmar 2022).
Sur le granite du Brand, Jérôme François (Domaine du Vignoble du Rêveur) affectionne l’assemblage : 50 % vendange entière, 50 % égrappée, ajusté chaque année selon l’humeur de la rafle. Cet équilibre entre matière et élégance illustre à merveille la philosophie des jeunes vignerons d’Alsace, férus d’expérimentations.
Sur la route des vins, les discussions s’animent aussi autour de questions logistiques : certains domaines tels Josmeyer ou Valentin Zusslin vinifient séparément chaque partie de la parcelle (égrappé/vendange entière) pour assembler au dernier moment, goûtant à l’aveugle pour sublimer le terroir sans jamais l’uniformiser.
Un clin d’œil à la tradition : dès les années 1920, le pinot noir d’Ottrott, servi sur les grandes tables strasbourgeoises, était réputé pour sa bouche dense et épicée… Le secret ? Des récoltes faites à la main, grappe entière, sur des parcelles en bordure de forêt.